› Campagne
contre les violences
faites aux femmes : |
| Les enfants souffrent de la violence
faite a leur mère - 24 villes de Seine-Saint-Denis
s'engagent. |
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Si les effets de la violence sont faciles à constater
sur la femme, il est plus difficile de les repérer
sur les enfants.
L’équipe de L’ESCALE est confrontée à de
nombreuses situations familiales dans lesquelles sévit
la violence conjugale et où évoluent des
enfants témoins et parfois directement victimes
de maltraitance.
La violence conjugale ne laisse aucun enfant indemne.
Elle fait peur et traumatise tous les enfants, toujours
exposés aux scènes de violence conjugale
et /ou directement victimes. Ces enfants ne sont généralement
pas reconnus comme étant en grande difficulté par
de nombreux acteurs, leur malaise étant difficile à identifier
dans sa gravité.
Dans les situations rencontrées, la parentalité a été brisée,
par les agissements du père sur la mère.
Ce qui engendre le risque de reproduire à leur
tour, des années après, une identique structure
familiale de violence, de mépris et de souffrance.
Pour qu’ils deviennent adultes il faut pacifier
et humaniser leur enfance détériorée.
Enlisées dans le processus de la violence, extrêmement
fragilisées physiquement et psychologiquement
par les maltraitances répétées,
les humiliations, la peur, les mères ont les plus
grandes difficultés à se défendre
face au déferlement de violence de leur conjoint.
Elles ne peuvent en conséquence que difficilement éviter
que leurs enfants n’assistent aux violences, l’agresseur
ne prenant aucune précaution pour les en préserver.
Paradoxalement, elles évoquent les enfants comme
la raison qui les a fait rester et en même temps
celle qui les fait partir. Ils jouent un rôle dans
la sortie de la violence. Ils poussent leurs parents à changer
et leur mère à entamer une action quand
ils la savent en danger.
De plus, les femmes se plaignent très souvent
de l’absence de disponibilité de leur conjoint,
du peu d’intérêt accordé aux
enfants. Ces pères prennent parfois plaisir à saboter
tous les efforts déployés par la femme
pour fixer des repères et des limites afin d’apporter
un cadre structurant aux enfants. Ils expriment parfois
une certaine jalousie ou rivalité vis-à-vis
de leur enfant, « j’ai un autre enfant »,
nous disent-elles, en parlant de leur mari.
Au final, on pourrait dire que les enfants sont parfois
traités par leur père violent de la même
façon que leur mère c'est-à-dire non
pas en tant qu’être humain, mais en tant qu’objet
puisque leur souffrance est niée, comme celle de
leur mère, et qu’ils ne sont pas respectés.
Certains pères peuvent se poser en tyran, être
extrêmement autoritaires, leur interdisant, pour
les plus grands de sortir, voir des amis, d’utiliser
le téléphone. Ils peuvent aussi utiliser
l’argent de la CAF destiné aux enfants à des
fins personnelles, sans se soucier de leur besoins essentiels,
les privant ainsi de nourriture, de soins et laissant leur
mère souvent avec très peu de ressources,
voire sans, gérer tout le quotidien.
Lors des périodes de séparation, ils adoptent
des comportements qui vont consister à instrumentaliser
leurs enfants, sous couvert de droits parentaux, poursuivant
ainsi des buts personnels, passant outre leur sécurité et
leur bien être. Il n’est pas rare qu’après
la séparation ils refusent de payer la pension alimentaire
et aillent jusqu’à faire de fausses déclarations
concernant les revenus pour se décharger de ce devoir.
Trop souvent il est demandé aux femmes de ne pas
attiser le conflit lors de l’exercice du droit de
garde, d’arrondir les angles alors qu’elles
ne sont pas toujours en position de dire non à « l’amiable »,
face à un conjoint qui finalement, décide
de tout, change lieux, dates et heures des visites et n’agit
aucunement dans l’intérêt de l’enfant.
Si la poursuite des violences exercées à travers
les enfants et les répercussions sur ceux-ci ne
sont pas pris en compte, ou lorsque les éléments
de danger ne sont pas reconnus lors de déclarations
de main courante ou de dépôts de plainte,
les femmes doivent continuer à subir l’emprise
du conjoint. Elles peuvent aussi être accusées
de « priver le père de ses enfants » et
ainsi d’être des mauvaises mères.
L’intervention de la justice reste délicate
puisqu’on est toujours à la jonction entre
la protection de l’enfant et les droits fondamentaux
des parents.
Dans les cas de séparation faisant suite à des
violences conjugales, on peut s’interroger sur l’application
stricte du concept de co-parentalité (tel qu’il
est promu dans la loi de mars 2002). Comment faire fonctionner
la co-parentalité s’il n’y a aucun respect
de l’autre parent ? Quelle image de leur père,
peuvent garder les enfants exposés aux violences?
Comment peuvent-ils analyser les violences lorsqu’aucune
différence n’est faite entre les deux parents,
alors qu’ils constatent la responsabilité de
l’agresseur au quotidien ? Une séparation
temporaire avec le père violent, dont ils sont aussi
victimes, ne serait-elle pas nécessaire, dans l’intérêt
de l’enfant et pour la préservation du lien
avec lui?
Il semble essentiel que les conséquences
de la violence sur l’enfant soient prise en compte.
Dans les situations de violence, l’établissement
d’une juridiction spécifique, à l’instar
de ce qui a été mis en place en Espagne,
permettrait de traiter l’ensemble des procédures
sur le plan civil et pénal.
Le travail auprès des femmes victimes de violence
conjugale consiste à les aider à construire
un projet qui leur permette d’assurer la protection
et la sécurité de leurs enfants, en insistant
sur la gravité des violences exercées dans
le cadre familial et en faisant appel à leur responsabilité de
mère. Il s’agit aussi de les informer sur
leurs droits, devoirs et des procédures judiciaires
qu’elles peuvent mettre en place pour protéger
leurs enfants. Il leur est proposé si nécessaire,
une orientation des enfants vers un centre médico-psychologique.
L’équipe de L’ESCALE a également
un rôle d’interface et effectue un travail
conjoint avec les professionnels en charge des enfants
et de leur protection (par exemple, des rencontres lors
de synthèses pour des mesures éducatives
judiciaires comme les AED ou AEMO). |